Avec Germaine...


Alors que Nounouille embête un groupe de soignantes en leur proposant des baisers... (l'une d'entre elle dira: « J’aime bien ces baisers.. Ce sont des baisers frivoles !… »)


Elle sent son corps happé vers un brancard plaqué contre un mur du couloir.

Germaine est allongée là, frêle et menue, elle attend un soin, et elle semble attendre depuis un petit moment...  


Son regard qui s’était perdu dans le vide, tout à coup, semble trouver un refuge, un endroit où être avec… sa main se tend et saisit ma main, nos cœurs s’ouvrent se trouvent… En fond sonore, la radio vient poser des mots sur cet instant : « et je viens du ciel et les étoiles entre elles ne parlent que de toi »…

Alors on s'est tues, nos mains tendues, on s'est laissées bercer par la musique, par nos regards enlacés, on a flotté, un moment, dans ce bain d'étoiles, qui accompagnaient son soin …


Quand les clowns arrivent, quelque chose change dans l’air, on sort de l’ordinaire, des tâches à faire et des horaires. Tout bascule et la salle de télé devient une salle de bal, où tous les prétextes sont bons pour échanger un souvenir, un câlin ou une chanson…

Les rencontres clownesques sont celles où tout est possible, où un regard, un geste, un silence ont autant de valeur qu’un mot, où la rencontre a lieu avec chacun dans son intégralité, là où il est, avec son histoire, son présent et ses facultés… et toutes les émotions sont les bienvenues et célébrées.




Coquillette (Camille Royer) et Nounouille (Diana Trujillo) 

J'ai compris que je deviendrais clown le jour où une forme de débordement, d'élans dans tous les sens, (d'émoi devant la beauté du monde, devant chaque être nouveau, de plaisir à être parcourue par la vie) s'est avéré être une possible matière artistique. 
A l'inverse de la danse, du chant, où l'on se construit par une accumulation de technique et d'expérience, le clown se construit par le dépouillement de tout et aussi par son intarissable inexpérience. Ce renversement de la donne valait le détour... 





L'autre jour, Nounouille intervenait avec Praline dans un FAM (Foyer d'Aide médicalisée) dans une unité autistique. Là soudain, tout était "facile"... il n'y avait qu'à se laisser être, suivre les élans les plus évidents, et tout jouait "tout seul"...



 Nuit blanche 2019 - Point Ephémère

Installation d'îlots fabriqués à partir de déchets en plastique et travaillés à la lumière - un écho au Septième Continent en dérive sur l'Océan Indien, et posés ici sur le Canal St Martin. 
Installation de Grégoire Terrier et Vivien Daval

Performance de danse et musique (danse:Diana Trujillo et musique:Grégoire Terrier)


Première partie de la performance dans l'enceinte du Point Ephémère. Nous avions un filet de pêche, duquel il fallait s'évader. Un costume de poisson (magnifique legging avec écailles ;o) et l'envie d'entrer en interaction avec la musique composée en instantané par Grégoire Terrier avec des sons marins (dauphins, baleines, sons aquatiques)... Ca a donné une séquence de danse dont je ne retiens que des sensations, mais dont les photos rendent un peu la teneur... Puis, avec une foule de spectateurs (et beaucoup d'enfants qui avaient participé à l'installation) l'envie d'entrer en interaction, de jouer... ce que nous avons fait avec des sacs plastiques, véritables acteurs de la performance, au même titre que les îlots en plastiques en dérive sur le Canal qui, sous les astres, ce soir-là étaient beaux.



Crédits photos: Clotilde Penet










TRICOT
Performance 17 - 20 minutes


Performance née de l'émerveillement de faire jaillir une matière par un geste - le geste de tricoter... ce chemin avait été nourri par les mots de tricoteuses:
Sharmila : "j'ai commencé à tricoter quand j'étais enceinte d'Ismaël. C'était tellement abstrait la venue de cet enfant que je crois que le tricot - minuscule - que je lui ai fait, m'a aidée à rendre palpable ce petit être qui grandissait en moi. Quand il est né, j'ai compris que le tricot que j'avais fait était celui de son arrivée, celui de notre rencontre."
Maman de Victor: "Je tricote tout le temps, parce que ça me rend heureuse, ça me donne envie de chanter. Je sais qu'il y aura toujours un bébé à qui offrir ce que je fais. Quand je tricote, je ne pense à rien".
Ligia: "Quand Abraham est mort, je n'arrivais plus à rien faire. Alors Mme Safrana est venue à la maison et elle m'a invitée à venir tricoter chez elle tous les jours, pendant une heure. A mesure que le tricot avançait et grandissait, ma peine diminuait et quand j'ai terminé mon gilet et que je l'ai porté, au bout de plusieurs semaines, j'ai eu l'impression que c'était lui (Abraham) qui faisait une accolade chaude. Il était parti, mais il était là avec moi."
C'est à travers ces mots que j'ai ressenti à quel point le tricot était puissant, et que ce geste ancien nous reliait au fil de la vie.

Performance jouée à Encore Heureux, Espace singulier du 104- CENTQUATRE et au Générateur dans le cadre du Festival Pile ou Frasq en 2017.

Magnifique travail de Madeleine Fournier dans sa pièce "Labourer" présentée aux Ateliers de Paris le 22 novembre dernier. L'occasion pour moi de signer un premier article pour le Coryphée.



Plume





Installation vidéo, photographique et performance pour une plume et une danseuse

Sophie Triniac : Image (Vidéo et Photo)
Diana Trujillo: Danse et conception


***

Respirer, invisible poème
Pur échange,frère du silence
Etre et son contrepoids
Rythme par lequel j’adviens.


Océan que j’accumule,
Discrètement, par la même vague lente;
La plus économe des mers… Voleur
Du cosmos entier ! Quels domaines,
 

Quels vastes espaces ont déjà plongé
dans mes poumons ?
Les quatre vents
sont comme mes enfants


Me reconnais-tu, air, encore plein de ces lieux qui furent miens ?
Toi qui fus l’écorce lisse,
la courbe et la feuille de mes mots
 



Traduction libre des Sonnets de Don Paterson, une version des Sonnets de Rainer Maria Rilke

***




Description 
 
Une danseuse et une plume.

La plume danse en l’air, portée par le souffle de la danseuse.

La plume s’élance, virevolte, se laisse porter par les airs, puis peu à peu s’évanouit.

La danseuse a pour seul objectif de ne jamais laisser tomber la plume à terre.

Par son souffle, elle donne corps à la danse de la plume…

De cette relation entre le souffle et la plume naît une toute autre danse, portée par la nécessité, cette fois dans le corps de la danseuse.
 



Dispositif

Un espace où trois médiums capturent un même évènement :

Un espace où sont exposées des photographies  (la plume est à peine visible, le focus du spectateur est sur le corps de la danseuse).

-        Un espace dédié à la projection d’une vidéo où la caméra suit tour à tour la danseuse et la plume. La danse de la plume est alors mise en lumière par des plans resserrés. Des plans plus larges, intercalés, permettent également de laisser voir la relation qui émerge entre la plume et la danseuse.

-        Des temps de performance où la danseuse se prête au jeu d’animer la plume devant le public. C’est un exercice ludique, mais aussi très physique, où toute l’attention et la physicalité de la danseuse sont mobilisés en direction de cet objet fragile qu’est la plume. Un moment de suspension, aussi bien pour la plume que pour le public.



Note d'intention

Le souffle est ce témoin silencieux qui nous traverse et nous soutient de notre premier cri jusqu’à notre dernier souffle.

 Il est ce grand vaisseau qui porte chacune de nos émotions - il nourrit l’éclat de rire, les pleurs libérateurs, le fredonnement qui s’invite à nous négligemment ou le chant déployé.

Outre ce « poème invisible » évoqué par Rilke, il est « l’écorce des mots », celui par lequel se transmet la pensée et la parole, qui nous relient ainsi les uns aux autres dans l’oralité. 

C’est cet endroit énigmatique, qui nous relie intimement et organiquement au monde, porteur de vie, d’émotion, de sens qui m’a interpellée dès l’adolescence, que j’ai voulu explorer. 

J’ai tenté de le rendre visible, par la danse d’une plume que je mets en mouvement par mon souffle. En donnant vie à la plume (cela s’avère être un exercice très difficile !) une danse naît dans mon corps, qui soutient la danse de la plume. 

Cette fois-ci toute la danse réside dans la respiration et dans la vie qu’elle peut donner à voir, intensifiée par les mouvements et la danse de la plume. 

A l’heure où naît le désir de devenir mère, de donner la vie, cette épreuve que peut représenter la maternité pour une danseuse m’invite à méditer toute la danse que peut faire naître en moi le fait de donner la vie à quelqu’un ou quelque chose d’autre...