Diana Trujillo
Clown / Danseuse / Chanteuse / Autrice
Donc. Je me suis dit que j'écrirais chaque jour. Même un petit truc tout court. Pas comme dans les carnets, pas comme pour déposer mon être ensommeillé sur la p(l)age d'une nouvelle journée, après la traversée nocturne, où je ramène dans mes filets un bout du cosmos ou juste plein de questions et une envie d'avoir des réponses qui surgissent du stylo.
Non... J'ai dû remercier la vie. Pour la découverte de cette chanson. Le Labyrinthe. Le truc le plus inattendu du monde; la friction des mondes qui font en moi, étincelle. L'écouter en boucle. Ca m'a rallumée. Purée... Comme c'est bon. Les basses. Qui parlent au ventre. à toute la peau. Qui font que le quai du métro devient le dancefloor le plus long à ma disposition.
Virginie et d'autres parents m'ont dit d'en faire une lettre ouverte. Alors pour une fois, je l'ouvre:
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par des temps de pause suffisants,
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du repos et des moments pour se ressourcer à la hauteur de l'intensité que représentent les temps passés auprès des enfants.
Aujourd'hui, ce n'est pas encore le jour des mille jours. C'est le jour des morts, dit-on officiellement. La nuit du 1er au 2 novembre. Je suis peut-être la seule, mais j'aime bien le mois de novembre. S'ajoute à ma sympathie initiale celle de savoir que c'est peut-être le moment propice pour que tu viennes passer du temps auprès de nous. Je ne sais pas s'il y a des convois spéciaux depuis la mort, pour faciliter les "Terre tours", mais te connaissant, tu dois bien savoir te passer de ce genre d'offre promotionnelle et venir quand bon te chante, ou quand je te chante, si seulement mes chants avaient pu te retenir... Je viens de reprendre ton téléphone en main, cet appareil qui s'est arrêté le 20 septembre, tout comme ta montre, qui, ce même jour, à midi, t'alerte que ton pouls est à un niveau affolant.
Comment contourner l'absurde? Comment trouver le sens? J'ai relu mes notes hier, d'un moment inspiré, où je t'avais senti si présent, deux semaines après ton départ. Tu me disais que ton corps, la douleur te coupaient de l'essence de la vie, et que, paradoxalement, tu serais plus dans la vie en la quittant. Et que tu étais là. Nous étions en charge de porter la vie depuis ici, la matière, l'endroit où se tissent les corps, où ils naissent et se créent. Tu y étais toi aussi, avec ta fougue mozartienne, mais à un tout autre endroit. A l'endroit qui inspire, qui rigole et donne envie d'être en vie. Car ça tu sais y faire. Ton corps à beau être au cimetière, tu t'en donnes à cœur joie pour "jeter des confettis" comme dirait Fida. A faire traverser des arcs-en ciels sur toute la largeur du ciel. Si ça ça n'émerveille pas. Si ça ça ne rend pas vivant.
Ton dosage. Je parlais de ton "dosage" à Fida et Sylvie. "vous voyez, quelqu'un d'à la fois pur, je ne vois pas quel autre mot employer. Mais j'aimais tellement ça de lui. Pur, et tellement drôle, plein de fantaisie, mais brut de décoffrage tout en étant sensible, malicieux et d'une force incommensurable. Et bien, ce dosage est assez rare. Enfin je ne l'ai jamais vu ailleurs, chez personne d'autre. Et il me plaisait bien"
Ton "enduit". Ca ne faisait pas longtemps qu'on était ensemble, qu'on se voyait, qu'on échangeait. J'adorais parler avec toi. Mais j'adorais aussi ton enduit. J'avais l'impression que ta peau était recouverte d'une substance qui me la rendait addictive. Ton enduit. Ca m'invitait, quand je posais la main n'importe où sur toi, à me donner envie d'aller lui faire explorer partout. Parce que ça faisait comme un aimant. Et caresser une peau aimée, aimantée même, ça reste..
Pilou, je vais aller dormir. Je n'en peux plus d'habiter tous ces espaces sans trouver le sommeil. la veille m'est un peu pénible, tu n'y es pas toujours. Mais à force d'arpenter les lieux en moi que tu peux investir, mon corps fatigue et surtout, ma qualité de présence auprès d'Abi se dégrade. Donc pas question. Tout ceci n'a ni queue ni tête. Mais ta disparition aussi brusque non plus je te signale. Donc un peu de clémence s'il te plaît. Ne m'en tiens pas rigueur.
Les 1000 jours.
Je laisse ce titre là comme un rendez-vous avec mon prochain post. Parce qu'il s'écrit dans ma tête depuis plusieurs semaines et que je n'arrive pas à le poser. Et qu'il cherche VRAIMENT à exister. alors je vais aller dormir - il est 2h49 du mat', en pouvant me dire que le travail... de naissance et non de deuil... commence ici!
Écrire par le milieu... Juste écrire, pour ne pas errer dans le présent sans savoir ce que j'y fais...
Adrien. Tu t'es éteint sans crier gare. Enfin, tu avais tellement déjoué tous les pronostics, et ta vivacité frétillante jusqu'au dernier jour aura bien brouillé les pistes. Goldy m'avait prévenue. Avait essayé de me prévenir. Mais de quoi au juste? Que tes angoisses n'étaient pas injustifiées. Mais il n'y avait, pour moi d'autre endroit que la vie. Même si j'étais enduite de peur, la vie était le seul endroit de certitude.
Et ce qui est drôle, c'est que pour me relier à toi, aussi éteint que tu puisses être, je n'y parviens qu'en cherchant ce qui me rend plus vivante, ce qui me ferait marrer de t'écrire. C'est fou. J'ai dû effacer ma longue tirade sur le manque. Sur le fait que tu me manques tellement. En la déroulant, je disais quelque chose de vrai et de juste de moi, mais c'était comme si je l'écrivais à quelqu'un d'autre. De là où nous échangions, le manque ne pouvait pas rester au stade de flaque plate et humide qui jonche le sol. Et pour te trouver, je sens que je dois m'élever, me dépêtrer de cette tristesse et trouver le ton qui à toi, te parle.
Tu m'as appris ça. A trouver ce canal dans lequel tu évoluais si agilement: ce canal légèrement décalé de la réalité plate et "bland"qui te faisait rire en la regardant se dérouler sous tes yeux. Ce détecteur de comique, de drôlerie qui faisait que ta réalité, contagieuse, devenait une fête. Tu explosais de rire en me voyant exister. Mes déboires, mes questions, ma grande importance à mes propres yeux te faisaient rire. Tu m'as désarmée et reconstruite à cet endroit. Je disais l'autre jour à Sophie. "Je me manque à travers lui". Alors voilà, je vais essayer de me caler dans ton décalage.
Pilou. Tu stressais de ta propre disparition. "mais comment vous allez faire sans moi pour tous les trucs informatiques?". "Comment vous allez pouvoir vous en sortir avec tous mes mots de passe? ". Oui parce que tu n'es pas de ceux qui écrivent leurs mots de passe quelque part. Nan. Tu avais bien un "tableau de mots de passe". Une sorte de grande Pierre de Rosette. Mais tu avais mis dans ce tableau, non pas les solutions - mais des équations à quatre inconnues pour déchiffrer un mot de passe. Et quelques jours avant ton départ, tu as commencé à faire une petite note, une sorte d'antisèche. Et là, tu nous a donné, non pas solution de tes équations, c'eut été trop facile et pas drôle. Non. Tu as donné quelques indices qui au lieu de rendre l'opération matériellement impossible, la rendait juste infernale, mais possible. Notre appart les jours qui suivirent l'enterrement s'est mis à ressembler à la base de Scotland Yard pendant la Seconde Guerre mondiale avec Turing et ses compères qui essayent de craquer Enigma. Turing étant Kate, certainement pas moi. "Notre grande complémentarité" faisait que j'avais désinvesti, ou juste jamais investi cet endroit qui requiert une gymnastique mentale incroyable.
Et on rigolait. De ton ingéniosité. De voir la complexité de ta pensée. Sa puissance; sa malice, et chaque petit bout de mot de passe décrypté était une fête: ouais!!! on a réussi à rentrer dans tes baskets! Youhouuuu on est, l'espace d'une seconde, dans ta tête!!
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Adrien, tu te rends compte, je suis en train de faire notre album de mariage. On n'a pas été foutus de le faire de ton vivant. Je ne sais pas si en pleurer ou choisir d'en rire.























